Un Autre visible

 

 

Si, au cinéma, l'homme "marche dans l'image", - il faudrait dire dans des images -, c'est parce qu'il y trouve des ressemblances, il y franchit aussi des seuils. Il s'égare et se reconnaît. Il regarde, écoute et lit simultanément, ce pour quoi le mot "hiéroglyphes" au sens de "représentations simultanées" n'est pas inapproprié. Il découvre un type de temps particulier. Cette distraction est à la fois un kyste du temps et de la mémoire, et un trou dans les mêmes. Pour le spectateur, les responsabilités commencent ; il marche "aux images", elles le font marcher. L'effet de cinéma est d'abord celui de la simultanéité et de l'entrelacs des sensations qui viennent s'imprimer, même fugitivement, dans l'esprit du spectateur lors de la projection. L'araignée, au centre de sa toile, transmet à chacun des fils de cette toile ce qui lui parvient par les autres, non sans avoir, quand elle est l'image de l'esprit humain, établi les rapports nécessaires par une opération intellectuelle. 

 

Par ailleurs, étudier un film est une parmi les nombreuses manières de marcher dans l'image. Le fil de la langue tendu entre murmure et vertige impose la progression du funambule.